Rapport du secrétaire diocésain, Michel Sollogoub à l’AG de l’Archevêché - Extrait

dimanche 9 mai 2010
par Rédaction site

Rapport d’activité de l’Administration Diocésaine et du Conseil de l’Archevêché présenté par Michel Sollogoub, secrétaire diocésain, le 30 avril 2010 lors de l’Assemblée Générale de l’Archevêché.
EXTRAIT
Une part importante de notre énergie, et de nos finances, a été consacrée à la défense de notre patrimoine face à ce qu’il faut bien continuer d’appeler une offensive contre notre Archevêché….. Comme vous le savez, par un jugement en date du 20 janvier dernier le Tribunal de Grande Instance (TGI) de Nice a rendu une décision décrétant que la cathédrale Saint-Nicolas-le-Thaumaturge, à Nice, était la propriété de la Fédération de Russie. Dans une déclaration unanime le Conseil "déplore que [cette même] l’association [cultuelle orthodoxe russe de Nice ] puisse se voir dépossédée de la propriété de la [dite] cathédrale, lors même qu’elle en a assuré la continuité de célébration, d’entretien et de gestion depuis près de 90 ans. Le Conseil rappelle que l’Etat soviétique pour sa part, dont l’actuelle Fédération de Russie se présente comme le continuateur afin d’établir sa filiation avec l’ancien Empire russe, n’a cessé durant 70 ans de développer campagnes antireligieuses et persécutions contre l’Eglise et les croyants, en détruisant en particulier des milliers d’églises en Russie. Le Conseil constate avec étonnement que le jugement ignore délibérément un certain nombre de documents montrant que le terrain sur lequel est bâtie la cathédrale Saint-Nicolas était une propriété de l’Empereur de Russie à titre privé, et non pas un bien de l’Etat russe. Il s’étonne également que la décision envisage l’entière propriété du terrain, alors que le litige n’est supposé concerner strictement que la parcelle sur laquelle est construite la cathédrale." (Déclaration du Conseil du 29 janvier 2010) L’ACORN a interjeté appel de la décision du tribunal de Nice. [1]Cette décision, qui n’allait pas de soi, a été prise après consultation de juristes amis, avocats ou magistrats. Tous ont estimé que le jugement de première instance qui laissait de côté trop d’éléments de notre argumentation devait être réexaminé en appel. Notre avocat est entrain de rédiger les premières conclusions en réponse à ce jugement. Puis la partie adverse présentera ses conclusions en réponse, puis nous présenterons notre deuxième jeu de conclusions et l’adversaire répondra. L’audience en appel ne pourra sans doute pas intervenir avant le premier trimestre de l’année prochaine, le jugement peut-être avant l’été 2011. Voilà donc les perspectives. D’ici là il faudra résister aux actions des représentants de la Fédération de Russie qui, forts du résultat obtenu en première instance et ignorant le mode de fonctionnement des associations cultuelles en France, s’imaginent pouvoir imposer leur volonté de propriétaire dans la gestion de l’association. Des tentatives ont été faites en ce sens. La résistance à ces tentatives est une rude tâche menée par le Père Jean Gueit avec détermination, courage, abnégation. Je voudrais ici lui rendre hommage. Il faudra naturellement être attentif à ce qu’aucun débordement ne se produise de ce côté-là, tout en étant ouvert à des offres de dialogue raisonnables en attendant le règlement définitif du dossier. Il faut cependant indiquer que contrairement à ce qui se dit sur certains médias, et à ce qui est parfois affirmé par des représentants de la Fédération de Russie, aucune proposition écrite n’a jamais été faite ni à notre Archevêché ni à notre paroisse en vue de trouver un compromis dans cette affaire. Des propositions, le plus souvent vagues ont été formulées par voie de presse, mais pas plus. Nous continuerons donc à soutenir notre association à Nice en continuant à rappeler qu’en vérité, pendant plus de 70 ans l’Etat russe –bolchévique, puis soviétique – de l’époque, occupé qu’il était à construire la nouvelle société d’où seraient bannies toutes les superstitions religieuses et alors qu’il s’efforçait de réduire par la force la foi des Chrétiens orthodoxes russes, a abandonné la cathédrale de Nice à son sort. Heureusement les émigrés de la première vague ont été là pour la sauvegarder, l’entretenir et l’embellir. En se déclarant continuateur de l’URSS pour la possession de la cathédrale, la Fédération de Russie se déclare implicitement solidaire des méfaits de l’URSS dans le domaine de la persécution religieuse : il est difficile de vouloir bénéficier des actifs sans assumer aussi le passif d’une situation historique donnée. Nous pensions que cette époque était révolue. Les faits prouvent qu’il n’en est rein. En refusant de porter une condamnation sur le régime soviétique et d’en tirer les conséquences, la Fédération de Russie se déclare implicitement solidaire de ce régime. Nous en sommes profondément choqués et le regrettons vivement. Je le redis en pleine conscience : cette affaire est tragique pour nous tous. C’est une erreur majeure pour l’image de la Russie moderne en France. Je regrette vivement que, alors que certaines voix en Russie même évoquent la restitution des biens des Russes spoliés par le gouvernement soviétique, voici que le gouvernement de la Russie moderne s’en prend aux rares biens que nos grands-parents ont sauvegardé comme les ultimes vestiges de leur patrie perdue et qu’ils ont entretenus et enrichis comme ils l’ont pu et souvent, comme à Nice ou en d’autre lieux, en y consacrant beaucoup de ce qu’ils avaient pu préserver. Il s’agit bien d’un déni de l’œuvre de l’émigration dont nous sommes les héritiers. Je regrette aussi vivement que cette position ne soit pas partagée par la totalité des descendants de l’émigration russe. Il faut, en effet, considérer l’archevêché pour ce qu’il est : une entité ecclésiale à la longue et riche histoire forgée dans l’émigration russe, ici, en Occident, et qui aspire à y poursuivre son témoignage pour le bien des fidèles qui y trouvent la voie de la Vie éternelle. Une entité ecclésiale enracinée dans la tradition liturgique spirituelle et théologique russe : la Russie est incontestablement la patrie spirituelle de ceux de nos fidèles qui ne sont pas d’ascendance russe. Pour les autres, elle est une Patrie tout court. Enracinée dans la tradition russe, mais ouverte à tous : l’orthodoxie ayant une dimension universelle comme nous l’avons appris de nos Père de l’Ecole de théologie de Paris, elle n’est ni Russe, ni Grecque, ni Roumaine, ni Serbe. C’est le fondement de notre désaccord avec le Patriarcat de Moscou et un certain nombre d’Eglises –mères qui cherche à rassembler tous les orthodoxes russes, comme le Patriarcat de Roumanie cherche à réunir tous les orthodoxes Roumains et le Serbe, tous les serbes. Cette maladie phylétiste de l’orthodoxie qui se déchaîne aujourd’hui, nous nous y opposons, parce que nous croyons que le message du Christ transmis dans son authenticité par notre Eglise orthodoxe s’adresse à tous les hommes, quelle que soit leur nationalité, et que nous avons à en témoigner là où Dieu nous a donné de vivre. C’est la vocation unique de notre Archevêché. Nos Pères l’avaient pressenti dès les années quarante. Nous nous efforçons de lui rester fidèles : dans la pauvreté certes, car aucune Eglise mère nationale ne nous soutient – nous n’avons ni passeport diplomatique pour nos clercs, ni moyens de pression politiques,- avec le dévouement et l’abnégation de ceux qui savent où est l’Unique Nécessaire et qui ne tirent aucun avantage de leur service désintéressé. Dans le respect aussi de l’esprit du Concile de Moscou de 1917-1918, que notre Archevêché est le seul en Europe à pratiquer, qui donne à la communauté paroissiale l’autonomie indispensable à l’engagement conscient et responsable des fidèles dans la vie de l’Eglise. Ouvert sur les cultures du monde, respectueux dans l’esprit de l’Evangile de la liberté par rapport à toutes les puissances de ce monde, fidèle en cela à la parole de Mgr Euloge : La liberté de l’esprit dans l’Eglise est sacrée.

[1] Le système judiciaire français est construit sur trois niveaux : le tribunal d’instance dont les décisions peuvent être revues par la cour d’appel qui confirme ou infirme le jugement de première instance et dont les décisions peuvent ensuite être "cassées" par la Cour de Cassation. Ce mécanisme judiciaire explique la décision prise à notre encontre à Nice, puis, en réponse, celle de l’ACORN.


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